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18 janvier 2016

Journal d'une institutrice clandestine

De Rachel Boutonnet, édition Ramsay (ouvrage célèbre que j'avais très envie de lire, mais m'empêchais de le faire de peur qu'il ne m'influence négativement dans ce métier que je découvrais alors. Je voulais conserver mon esprit enthousiaste. Après environ 8 ans d'enseignement, la curiosité peut enfin être satisfaite sans influence autre que ce que je vis au quotidien.)

Mon point de vue sur l'ouvrage:

Critique pertinente du système de l'Education nationale datant des années 2003 (beaucoup de choses restent d'actualité), surtout concernant l'année de formation professionnelle des professeurs d'école, mais aussi sur le choix de la bonne méthode d'enseignement de la lecture, je pense que l'auteure a eu raison de l'écrire car cela a certainement entraîné des réfléxions et quelques changements positifs, notamment sur la réhabilitation de la méthode syllabique en France.

C'est un livre vivant avec qui je suis parfois en accord, parfois en désaccord.

Mes désaccords sont:

-sur le rejet que l'auteurs fait souvent concernant les "nouvelles méthodes" (mais anciennes aujourd'hui et toujours d'actualité. )

Elle laisse entendre que ces méthodes prônant de "placer l'élève au coeur de ses apprentissages", en le mettant d'office en situation de "recherche", de recueillir ses "conceptions de départ" (ses préjugés sur une notion avant l'étude) et le motiver face à l'apprentissage, le sensibiliser, sonnent creux. L'élève n'aurait rien à dire vraiment (et c'est parfois le cas). Elles seraient une sorte de perte de temps pour l'élève et l'enseignant. Cela interroge, mais personnellement, je trouve important de donner ainsi la parole aux enfants et de voir comment diriger au mieux notre progression ensuite. (Parfois ils savent déjà tout! D'autres ont des idées incroyables, de l'ordre du "magique" et il faut réajuster les choses pour les aider à se repérer dans ce monde complexe.)

Cela semblait elle-même la déranger lorsqu'on lui demandait de s'exprimer, de dire ses attentes avant une étude. Moi cela m'amuse, me réveille et m'amène à organiser ma pensée. Nous sommes un peu différentes dans notre tempéremment.

- Elle parait tout de suite sur la défensive envers la plupart de ses formateurs et leurs méthodes. Comme elle, j'ai passé le concours en candidate libre. Pourtant, j'ai l'impression qu'elle est assez réactive, que sa critique semble un peu trop systématique et que contrairement à ce qu'elle dit, Rachel Boutonnet ose beaucoup s'opposer frontalement à eux, sans paraitre chercher à comprendre leur point de vue ou leur humanité.Leur désirs initiaux de mettre à l'aise les étudiants n'est peut_être pas si hypocrite qu'elle le suggère. Ils cherchent simplement leur personnage face à eux et certains sont réellement bienveillants je pense. Ils veulent intéresser les élèves en misant sur des recherches aujourd'hui encore de mise (: socio_constructives, freinet, ancrer les savoirs en fonction du vécu des enfants, ect...)

Nous n'avons pas tout à fait le même passé d'écolière. Elle ne s'amusait pas à l'école, mais appréciait les repères simples donnés par des cours traditionnels assez transmissifs.

Moi, je me suis beaucoup trop ennuyée dans ces cours, surtout dès le collège, même s'il est vrai que certains enseignants m'ont tout de même passionnée, également parfois  dans des cours transmissifs. Tout dépend de la personnalité de l'instit. C'est pour aider les étudiants ayant mal vécu leur scolarité, comme moi (et on est nombreux!) qu'ont été crées les nouvelles méthodes, pour mettre l'enfant en état d'action, de sujet de ses apprentissages, de "constructeur de ses savoirs" (Piaget) et non uniquement sur le mode récepteur et reproducteur.

(J'ai d'ailleurs commencé par écrire un recueil de méthodes intitulé "comment consolider l'éveil de l'enfant". (Je ne l'ai finalement pas présenté à mes "profs de profs" pour diverses raisons, mais j'aurai dû!) Le but: que les enfants aiment mieux aller à l'école, qu'ils s'intéressent plus, comprennent et retiennent mieux. Pour cela, les moyens sont maintenant légions et classiques: l'alternance de phases, les jeux, le passage par les sens de l'enfant, chants, l'art, images, l'esprit positif, les projets, les outils médias, la pédagogie différenciée (dure à mettre en place si on veut réaliser tout le programme avec 30 enfants/classe, je le conçois), échangent oraux, actions variées de l'élève, les mettre en recherche, affirmer le droit à l'erreur, tutorat, mapipuler, ect...)

-L'enseignant ne doit pas être un "animateur sur pattes", toujours sur le mode "fun" pour les élèves.Comme dit Alain, l'intérêt viendrait du contenu lui-même...OK, OK, je comprends, il faut "développer le goût de l'effort, du labeur bien fait, du sens de l'écoute, ..."mais jusqu'où l'effort doit_il aller ? Et avec les médias hyper présents aujourd'hui, des enfants en besoin de mouvements perpétuels et qu'on leur permette de s'exprimer auss. Avons-nous vraiment le choix pour pouvoir motiver et accrocher réellement nos élèves gavés de frissons variés? Disons que je me pose la question autour de la bonne dose d'autodiscipline et de leur mâturité, leur réelle possibilité face à cette force. Perso, j'essaie de rendre les cours un peu attractifs et vivants quand même. J'imagine que même si Rachel Boutonnet dit cela, elle le cherche aussi, même sur le mode transmissif.

-Apprendre à apprendre peut aider (mais je rejoins l'auteurs: point trop n'en faut!) J'ai profité d'une formation en gestion mentale: oui les évidences sont parfois à remettre à plat, pour clarifier l'esprit et l'aider à être méthodique, efficace ensuite face au contenu. Aider à ne pas se noyer dans le flou et l'angoisse en sachant utiliser des outils cognitifs plus clairs pour l'apprenant.

"La puissance, c'est la méthode." ( Durkheim)

Mes accords avec l'auteure:

-Les "recueil des conceptions initiales des élèves" ne doivent pas durer trop longtemps (10 minutes suffisent souvent)et pas systématiques.

_Trop de blabla pour rien par certains formateurs, alors qu'à l'IUFM, on a besoin de développer notre sens pratique, l'organisation, les astuces...

-Il est fondamental d'apporter réellement un "contenu"riche et nouveau: de réelles nouvelles connaissances aux élèves et sans craindre de le faire. Je pense qu'aujourd'hui ce point de vue est admis, Rachel Boutonnet a réussi à faire avancer les choses à ce sujet et c'est très bien.Les compétences sont d'ailleurs liées aussi au contenu.

-Le passage par la pédagogie à la manière de "cours magistraux", encore appelée "méthode transmissive" peut_être très pertinente, mais ne doit pas non plus durer trop longtemps, ni être systématique. Je pense qu'il faut alterner les phases d'action/réception. Dans l'idéal, il serait correct qu'il y est des moments où l'élève soit actif (actions variées telles que: débattre, dessiner, manipuler, lire, calculer, ect...) et d'autres moments où il écoute l'enseignant et recopie la leçon, tout simplement. C'est en apportant des connaissances pures et des repères que l'on développe parfois l'envie d'en savoir toujours plus, par exemple.

-Montrer le "modèle" aux enfants, simplement, est très profitable.

-Critiquer l'IUFM (pour ma part j'ai été formée dans le privé mais c'est pareil!) En effet, il y a toujours (du moins quand je suis passée par là c'était évident) un sentiment d'oppression très fort subi par les professeurs stagiaires suite à la menace de ne pas être validés en fin d'année. Pourtant, j'ai un tempéremment beaucoup plus consensuel, confiant que l'auteure (sans être débile pour autant, lol!) Pourtant, certains m'ont beaucoup déçue. Leurs divers esprits de jugement, de menaces sous-jacentes continuelles et leur négativité m'ont paralysée de trouille et brouillée l'esprit. Au lieu par exemple de dire "pour améliorer ta séquence tu pouvais..." Le formateur élevait la voix, s'agaçant pour une broutille et me reprochait de ne pas avoir pensé à un détail (ex: "coller un playmobile sur le globe-terrestre pour mieux que les enfants comprennent. " (Je tenais une lampe de poche pour représenter le soleil sur un côté de la Terre: pour la notion de jour. Franchement il avait raison, mais d'une part je ne le savais pas (on ne sais pas tout lors de nos premiers stages!), d'autres part il me l'aurait dit sur un ton souriant et complice, le message passait nettement mieux. Il a conclu ma séance qui s'était pourtant bien passée,par un verdict "passable", ce qui, vous comprenez bien donne vraiment envie...  )Je ne me suis pas du tout sentie rassurée, bien au contraire: certains cherchent à nous faire encore plus perdre nos moyens! Comme si on était pas déjà sensibles et angoissés comme cela! A croire que l'on prend les choses à la légère! C'est ridicule, on veut tous être de bons enseignants et intéresser nos élèves, évidemment! Seuls certains formateurs et inspecteurs d'Académie ou inspecteur de l'Education nationale m'ont sauvée de leurs griffes; mais une amie à moi s'est faite rabaissée et a dû lamentablement redoubler (alors qu'elle était tout à fait compétente et avec un bon esprit). Ils ont ainsi  humilié et cassé toute confiance en une jeune fille pleine de capacités. (Ce ne doit pas être la seule! Merci pour ce bon départ dans sa vie professionnelle et le sentiment de confiance en soi si nécessaire pour mieux se lancer dans une profession ) J'ai encore aujourd'hui des malaises rien qu'à repenser à tout cela, toute cette pression subie et ses nuits sans fermer l'oeil.

On est tous très motivés et avons tous (enfin!) réussi ce fichu concours CPRE externe (avec nombres d'épreuves très difficiles dans plusieurs disciplines, avec un taux de réussite d'environ seulement 1/4 des candidats que ce soit dans le public ou le privé c'est pareil!) et on a bac + 5 ! ON pourrait enfin peut être nous faire un peu confiance oui! Personnellement, je suggèrerai de valider toutes les personnes en fin de cette saleté d'année et de le leur annoncer en début d'année. Ce fut toujours un cauchemard d'abus total de pouvoirs, de certains profs vraiment critiques pour critiques et dogmatiques, jamais contents, beaucoup trop sévères et cherchent puces (ou les inventent ou éxagèrent à outrance en se prenant vraiment très au sérieux! Pour peu que notre tête ne leur convienne pas, les idées ou influences des blaireaux, qu'on soit trop ressenti sur le mode "trop affective" ( ce qui est l'injure suprême dans leur jargon!) Ou parfois pour leur envie de se défouler sur nous, ils cassaient notre travail et donc toute notre confiance en nous, au lieu de nous donner envie de nous battre dans divers contextes pénibles.)! (La bave rageuse commence à me couler le long des joues, il faut que je m'apaise, lol!)L'important est de nous former, nous donner des outils, pas de nous juger ou juger nos premiers pas forcément perfectibles dans ce monde de l'éducation!

-L'auteure reprochait à ses formateurs de ne pas être issus du "terrain", c'est-à-dire, ne pas avoir eu l'expérience d'enseigner en primaire ou maternelle. Elle a bien raison et cela a bien changé. Malheureusement, beaucoup de professeurs des écoles ont alors été nos "maîtres de stage "et mon amie et moi-même sommes tombées sur des tordus! Ils croient qu'ils peuvent juger notre travail, je pense que ce travail n'est pas jugeable au fond, ou rarement. La preuve: certains profils comme l'auteur, ont besoin d'une pédagogie transmissive, d'autres ont besoin d'actions... L'important est d'avoir une bonne volonté, un esprit agréable et de chercher à aider vraiment.

Je pèse mes mots: des gens  se sont montrés pervers et imbus de pouvoir sur nous.Heureusement pour moi, j'ai eu la chance de pouvoir changer de "maître de stage" et le second était non seulement intellectuellement très impliqué et intéressant (alors que son contexte de travail était aussi difficile: public rural et nombreux en cp, très bavard), mais aussi très humain.Mon amie n'a pas eu cette chance, les autres formateurs ont cru le bilan de stage de la maîtresse qui a jugé le travail de mon amie. Elle est d'ailleurs tombée très malade suite à cette année, petite prière pour elle même si on se voit moins aujourd'hui. Je suggère d'accorder beaucoup moins de pouvoir à une personne sur un stagiaire (voir pas du tout de pouvoir, juste un soutien!)Ils verraient que sans pouvoir, ils seraient meilleurs et nous aussi autant dans notre relation avec eux mais aussi avec les apprentissages confiés.  

"Plus l'individu est impuissant, plus il est sain." (Lionel Tran)

-je trouve aussi le travail 'en groupe' un peu limite. Souvent, la parole est donnée au plus dominant et non au plus pertinent. Les conflits sont destabilisants, si l'idée ne vient pas du dominant, les enfants la cassent et les élèves ne travaillent pas toujours, ils en profitent pour faire la foire. Sinon, il y ena qu'un qui bosse pour tous... Disons que c'est ambigu...

 

- Le sujet de l'exercice de l'autorité doit être enseigné à l'IUFM. Personnellement, j'ai ai bénéficié et cela m'a beacoup aidée. Le prof, un psy, était passionnant! La demande de l'auteure à ce sujet a dû être entendue: merci! D'ailleurs des formations sont encore nécessaires car on ne fait jamais le tour de ce sujet, malheureusement. 

Je profite de ce moment pour conclure en remerciant les divers inspecteurs, auteurs et formateurs qui ont su aider et non écraser les stagiaires et enseignants que nous sommes.beaucoup avaient l'esprit pétillant et positif. Ils méritent leur place. Pour d'autres, il n'est jamais trop tard pour s'améliorer...

-La méthode de lecture syllabique est très efficace, c'est une évidence.

-La lecture du bouquin m'a été agréable. J'ai apprécié qu'elle dénonce plusieurs dérives, notamment le côté dogmatique de la pédagogie et le système de soumission induit parfois dans des IUFM ou centres de formation...

La pédagogie étant une science, elle ne peut être rigide dans ses dernières propositions. 

 

 

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