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19 juillet 2016

Faites votre 180 degrés et Te Laisse pas faire! Aider son enfant face au harcèlement scolaire, d'Emmanuelle Piquet


Faites votre 180 degrés et Te Laisse pas faire! Aider son enfant face au harcèlement scolaire, d'Emmanuelle Piquet

Faites votre 180 degrés et Te Laisse pas faire! Aider son enfant face au harcèlement scolaire, deux ouvrages d'Emmanuelle Piquet.

  • L'analyse de ces deux ouvrages pourrait se résumer ainsi:

Les personnes rencontrent un problème relationnel qui les font souffrir (ex: enfant harcelé par ses camarades de classe, ou autre relation toxiquee,  secrétaire se faisant quotidiennement humilier et rabaisser par un collègue...) et contre lequel ils se sentent impuissants, ainsi que leur entourage (parents, amis, ...)

Emmanuelle Piquet cherche à les aider efficacement, en se basant sur des préceptes intéressants:

1/Les victimes sont elles-mêmes puissantes sur ce qui leur arrive, contrairement à ce qu'on et qu'elles croient souvent. C'est à elles souvent de trouver une nouvelle attitude et idée nouvelle pour renverser la situation. (Elles peuvent la trouver aussi grâce à autrui (ex: conseils, réconfort), mais ce sont elles qui agiront directement le plus souvent face aux agresseurs.)

2/Les victimes ne sont pas sélectionnées par leurs agresseurs parce qu'elles sont différentes d'une manière ou d'une autre (ex: roux, gros, bon à l'école, ...)mais parce qu'elles ne savent pas ou ne peuvent pas se défendre et que cela se devine(ex: par une posture physique de soumission, une situation de solitude, leur pauvreté, un corps fragile, un manque de répartie, ... On attaquera moins facilement un grand roux d'1,80 m musclé et autoritaire!)

3/En agressant, les harceleurs pensent obtenir un avantage (ex: ils pensent se rendre ainsi plus "populaires" par exemple...)et n'ont pas ou pas assez de désagréments. La victime ne parvient pas à les blesser.

Dans le champs scolaire, faire intervenir un adulte (ex: parents, prof, éducateur, directeur, médiateur, ...) serait contre-productif souvent. En effet, cela donnerait à penser que la victime ne serait effectivement pas capable de se défendre seule et lui ferait confirmer une totale perte de prestige (l'honneur qu'elles recherchent et qui expliquerait leur réticence à avoir recours aux adultes pour les aider).  Les agresseurs se complaisent ainsi dans leur sadisme et leur reproduisent sous différentes formes et intensité, ou de façon plus sournoise, plus cachée s'ils sont menacés de sanctions par les adultes encadrants).

4/Souvent, les agresseurs réels sont en fait surtout une seule et même personne. Il s'agit souvent d'un " leader" accompagnée de ses "disciples manipulés" qui créent la bande. 

5/Cette personne obtient son autorité par la crainte sur la plupart des autres, notamment la crainte d'être exclu socialement (ex: "sans amis" à l'école, ou "licencié" au travail, ...) ou que l'on le violente, dévoile un secret honteux, ...

6/Ainsi, les victimes sont menacées plus ou moins directement, mais aussi les suiveurs s'ils ne "suivent pas suffisamment", ou les protagonistes neutres, voir les sympathisants de la victime (ex: "ceux qui n'osent pas défendre la victime pour justement ne pas être agressés à leur tour")...

7/Le sentiment de popularité de l'agresseur, ou de crainte d'être rejeté pour les autres, passeraient au-dessus de la morale, la compassion (si tant est qu'elles sont capables d'accéder à ce stade intérieur), même chez les autres acteurs de la situation...Cela expliquerait que la moralisation ou la communication non-violente ne marcherait pas sur ce type de situation (ex: tentatives répétées dans les écoles). 

8/Il vaut mieux accueillir les émotions de la victime que les refouler. Elles sont révélatrices, libératrices, utiles  et ont besoin d'être clairement exprimées (parfois dans un cadre ritualisé peut aussi aider préconise l'auteure), pour être dépassées et parfois affrontées volontairement (ex: la peur). Certaines émotions prennent le pas sur d'autres ou les inhibent (ex: la peur et la tristesse sur la colère). La peur entraîne aussi une confusion et une difficulté d'actions-réactions pertinentes.

Face à cette mécanique perverse, la psychologie comportementaliste employée par l'auteure propose:

1/ D'établir un "état des lieux".

Avec l'aide de la psychologue/auteure des ouvrages, les victimes décrivent la situation et les différentes stratégies déjà mises en place plus ou moins consciemment par eux-mêmes et/ou leur entourage, pour se tirer de ce mauvais pas. Il s'agit là d'une phase permettant le recueil d'informations pertinente servant par la suite à cibler une nouvelle piste pour mieux s'en sortir (ex: un ado décrit et constate que lorsqu'il se fait frapper et insulter par trois autres, ces derniers emploient des insultes homophobes régulièrement).

2/Comprendre et faire formuler la volonté de la victime face à sa situation, sans se laisser porter par des évidences. En effet, parfois la victime a une interprétation différente de la nôtre, de la relation et sa volonté doit être précisée par elle-même.

3/Résumer, reformuler ensemble la structure de la situation, en la faisant clairement valider par la victime.

4/Chercher ensemble des idées de nouveaux comportements à adopter par la victime face aux agresseurs, avec pour condition de créer une ou plusieurs conséquences négatives pour eux, des désagréments suffisamment forts, ce qui manquait jusque là. (Et c'est là qu'intervient la créativité géniale de l'auteure!)

5/Obtenir une totale adhésion de la victime pour les mettre en place sur le terrain, face aux agresseurs.

6/La mise en place des nouveaux comportements dans la réalité. Ils sont souvent à l'opposé de ce que les victimes faisaient ou disaient jusque là. (Ex: un ado qui évitait de répondre aux provocations sur un profil "facebook anti-lui" se met à diriger lui-même cet espace Internet en l'inondant de commentaires , en en ajoutant, tout en mettant en lumière les défauts des agresseurs...Ou encore une secrétaire martyrisée par son jeune boss qui faisait tout pour être discrète et transparente, se met à le draguer ouvertement et lourdement à la moindre nouvelle agression, ...)

7/Réaliser des bilans avec l’ancienne victime" puis l'aider à conscientiser les mécanismes l'ayant conduite à "devenir puis ne plus être une victime", afin qu'elle ne reproduise pas le schéma par la suite dans sa situation actuelle, mais aussi dans les contextes à venir et qu'elle développe confiance en elle.

 "Avant de se libérer de sa prison, il faut d'abord en voir les barreaux." (proverbe hindou)

  • Mes impressions personnelles: un grand merci à cette auteure passionnante et éprise de justice qui fait résonner à merveille notre propre besoin d'harmonie relationnelle et de protection.

J'ai particulièrement apprécié les anecdotes si vivantes et permettant de mieux comprendre, sa pensée limpide , la nuance et la prudence de son propos.

L'un des messages que j'en retire c'est l'espoir. Personne n'est enfermée dans son rôle de victime.

"Conquérir sa joie vaut mieux que s'abandonner à sa tristesse." (André Gide)

Que ceux qui se sentent assommés sous la peur et le sentiment de fatalité reprennent confiance en leur pouvoir, qu'elles continuent de chercher des solutions car il y en a. A nous de trouver des ressources, d'être créatifs, d'oser chercher des conseils, ... Qu'elles ne baissent pas les bras, tout n'est jamais perdu, malgré ce que les apparences nous laissent supposer.

"On est toujours plus fort que ce que l'on croit." (Tary Len't)

Ces ouvrages sont intéressants pour tous car, même si nous ne sommes pas directement concernés ou dans le secteur de l'enseignement (ou de l'éducation), il s'y évoquent des mécanismes relationnels qui concernent tout le monde et sont très utiles pour nous-mêmes mais aussi pour aider efficacement autrui ou nos enfants, élèves, ...

Par ailleurs, j'ai aussi beaucoup apprécié la conférence donnée par Emmanuelle Piquet sur les émotions de l'enfant (mais adaptée à tous). Ce fut instructif et le ton vraiment drôle. Je me souviens avoir beaucoup ri ce soir là, ce à quoi je ne m'attendais pas et qui à lui seul était déjà un motif de déplacement. Beaucoup de pressions se libérèrent sur toute l'assemblée: encore merci à Emmanuelle Piquet et son équipe.

J'attends les prochains ouvrages avec impatience!

"A cause de l'oppression de la souffrance nait le goût du savoir, afin de trouver le moyen de supprimer cela." (Samkya Karika)

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