Atelier d'écriture/ Thème: la nuit
La nuit, je quitte ma peau de débile mental pour enfiler mon corps de lion. Cela fait un peu jaser l'équipe des infirmiers de nuit.
Le jour, je suis bien trop occupé à reboucher les trous des oreilles de mon voisin de chambre.C'est une véritable invasion, ils pullulent partout entre ses mèches! Heureusement qu'il dort la nuit, cela me laisse le champ libre.
Ma transformation commence toujours par le même rituel: je mange ma dernière boulette, fixe l'étoile polaire, et en moins de dix minutes, je sens ma langue se tendre, mon visage s'émacier, se contorsionner par la gauche et mes poils pousser drus.
Souvent, mes grognements réveillent d'autres malades, je dérange un peu. Pour me calmer, on m'apporte de la terre bourrée de sels minéraux. C'est bon pour mon glaucome parait-il.
Un de ces soirs, j'attends qu'il fasse assez noir pour m'échapper, me faufiler entre les couloirs obscurs de l'asile. Alors, je galoperai dans le parc et boufferai les petites vieilles du pavillon voisin. Cela défoule parait-il. Dans la foulée, j'envisage de sauter le grillage.
Mes rêves sont simples en fait.
D'ailleurs, j'ai toujours aimé la nuit. Ses silences liquides et violets, son harmonie bétonnée, le retour à l'ombre. La nuit remue dit-on, moi elle me traverse. Elle circule entre mes veines ouvertes.
Je replie chacune de mes phalanges craquantes: enrouler, maintenir fermer. Ne plus les ouvrir, puis fermer le poing, casser les bras, brûler les jambes, laisser sortir les organes. Je suis tout mou comme de la bouillie. Mes yeux se révoltent bien un peu par-terre, c'est marrant.
Puis mon organisme fera un long sifflement lugubre et sentira la menthe pourrie. Alors seulement je servirai de nourriture aux plantes. Je ricane déjà à l'idée, comme un démoniaque.
Bizarrement, j'ai les cordes vocales rompues et retrouve mon regard de chouette.
